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    Modifié 20 Nov. 2015

    Jacques Gamelin

    C'est sans contexte l'artiste né et mort à Carcassonne aujourd'hui le plus apprécié et le plus revendiqué par sa cité natale. Il est vrai que la qualité et l'abondance de son œuvre, la richesse et la verve de son inspiration, la liberté de ses formes justifient cet enthousiasme.
    Né à Carcassonne le 3 octobre 1738, il est mort le 12 octobre 1803. Entre ces deux dates, son destin aura connu de multiples rebondissements et vicissitudes. Fils d'un marchand de drap opposé, selon la tradition, à sa vocation, il commença son apprentissage à un peu moins de vingt ans à Toulouse auprès du chevalier Pierre Rivalz, alors réputé dans le Toulousain et le Languedoc. Il continua sa formation à Paris dans l'atelier de Deshays de Colleville. En 1763, il fit partie des jeunes peintres admis à concourir pour le grand prix de peinture, mais la médiocrité générale contraint les académiciens à réserver les récompenses. En 1764, Gamelin concourt à nouveau, déçu par ce nouvel échec, il retourne à Toulouse. Son protecteur, le Baron de Puymaurin, comprend le désarroi du jeune artiste et par sa générosité lui permet de faire l'indispensable voyage italien. Le 31 août 1765 il est à Rome. Il y restera neuf ans, côtoyant de nombreux artistes (sans doute F.M. Poncet, G. Gardes, J.H. Fussli, et peut-être Goya à Rome en 1771). Il suit d'abord les règles de l'enseignement académique : dessin d'après l'antique, et peinture d'après les maîtres anciens. C'est à la fin de ces années italiennes que sa vraie nature apparaît peu à peu. Le succès arrive avec les scènes de batailles. Elu peintre de batailles à l'Académie Saint-Luc, le 3 février 1771, la gloire lui sourit, son œuvre de réception à l'Académie est offerte au Saint-Père et il travaille à son œuvre majeure : la décoration plafonnante de la galerie du Palais Rondini au Corso qui sera achevée le 24 décembre 1772. En 1771, il épouse Giulia Tridix dont il aura cinq enfants. Mais en 1773 il rentre en France appelé par son père mourant. Il s'installe d'abord à Toulouse. Il est alors accueilli à l'Académie Royale de Toulouse en tant que membre étranger. Son activité est grande mais sa situation se détériore, et devient même pathétique après l'échec de son recueil d'ostéologie et de myologie pour lequel il s'est ruiné. Le Baron de Puymaurin l'aide à nouveau en le faisant nommer Directeur des écoles de dessins de la société des Beaux-Arts de Montpellier. Malgré ses tentatives, il ne pourra jamais reconquérir Toulouse. De Montpellier où il a la sensation de végéter, il regarde vers Narbonne, " sa patrie adoptive ". La liste est longue alors des petits bourgs groupés autour de Narbonne et Carcassonne pour lesquels il produit avec facilité et parfois même en se répétant, des œuvres qu'il a le plus grand mal à se faire payer.
    A Narbonne où il s'installe en 1783, il retrouve des amateurs, mais ces nombreuses commandes notamment celles des pénitents blancs puis des pénitents bleus, ne lui seront payées que très lentement et jamais totalement en raison des évènements révolutionnaires.
    La Révolution le séduit. En 1792, il joue un rôle de premier plan en concevant les fêtes pour la célébration des prises de Nice et de Chambéry. Il est commissaire et fait partie de la société Populaire et Républicaine des Sans Culottes de Narbonne. La convention déclare la guerre à l'Espagne, il suit les opérations militaires et reçoit en 1794 l'ordre de peindre " les batailles et les victoires remportées par l'armée des Pyrénées Orientales ". Il trouve là un nouveau bonheur de peindre. Parallèlement il joue un rôle déterminant dès 1792 en sauvant de la destruction un grand nombre d'œuvres d'art conservées jusqu'alors dans les édifices religieux. Ainsi il propose à la Ville de Narbonne la création d'un musée dans l'Archevêché déserté et suggère l'organisation d'une école de dessin dont il aurait la charge. Le Conseil Général acquiesce et lui commande de dresser l'inventaire de ces biens précieux, mais les choses en restent là.
    En 1795, la convention institue les Ecoles Centrales qui seront organisées dans les chefs-lieux de département. Carcassonne l'emporte sur Narbonne. C'est ainsi qu'étant nommé professeur le 9 Juin 1796, Gamelin se retrouve dans sa ville natale devant faire face au cruel manque de moyens de cette école.
    Gamelin peint jusqu'à la fin de sa vie. Bonaparte lui apporte de nouveaux sujets de scènes de batailles et ses fils suivent l'armée d'Italie. Il meurt en 1803 à Carcassonne.
    En 1836, son fils Jacques François est nommé conservateur du musée des Beaux-Arts de Carcassonne, concrétisant en quelque sorte les espérances du père.