Théâtre municipal (Jean-Alary)

    Le Conseil Municipal suivant une délibération du 9 juillet 1929 décidait de reconstruire un nouveau théâtre, sur l'emplacement de l'ancienne salle de spectacles et des deux immeubles nouvellement acquis.
    Les travaux commencés le 19 juillet 1933 finirent le 27 décembre 1935, sous la direction de l'architecte parisien Marcel Oudin, secondé par le Carcassonnais Raymond Esparseil.
    La question la plus difficile à résoudre était de construire un ensemble monumental dans une ceinture de rues étroites en évitant l'impression d'étouffement qui pourrait en résulter.
    Or le passant n'est pas gêné par cette construction surélevée et semble trouver normal l'emplacement choisi, dont l'architecte a su tirer parti grâce à une habileté consommée.
    Le résultat est, pour l'essentiel, le théâtre tel que nous le connaissons, orné de colonnes et de pilastres en marbre mais bâti en travertin romain : cette roche calcaire extraite de Tivoli avait été très employée par les Romains de l'époque impériale comme revêtement de luxe. Le souci d'utiliser seulement des matériaux riches se combine dans cette réalisation avec le style architectural des années " 30 ", basé sur la rectitude des lignes, la netteté des contours et la symétrie dans la proportion des ouvertures.
    Le gros œuvre fut réalisé par l'entreprise Fiorio, de Limoux, alors dirigée par les fils du fondateur, Georges, diplômé de Centrale, et Henri. La construction utilise la technique du béton précontraint, qui consiste à armer le béton avec des aciers très fortement tendus, ce qui confère à l'ensemble des caractéristiques particulières de résistance et d'élasticité. Cette technique, jointe à une conception nouvelle des cadres porteurs, permit la réalisation des porte-à-faux des divers balcons : cela évita les poteaux intermédiaires disgracieux et masquant une partie de la scène à certains spectateurs. Le béton précontraint, connu depuis 1888, ne sera vraiment développé qu'après la Seconde Guerre mondiale, c'est donc en 1933 une réalisation très novatrice.
    Les solutions techniques étaient si audacieuses qu'elles furent le fait d'entreprises étrangères à la Ville, à la notable exception du serrurier Laborde et, pour le chauffage, de la maison Garric, dont l'ingénieur, M. Octave Clauson, mit en place des principes encore très peu employés.
    Un réseau de gaines en plâtre sur châssis métallique distribue l'air traité en partie haute de la salle, tandis que l'air repris en partie basse est amené par un autre réseau de gaines à la centrale de traitement d'air : une partie est recyclée, l'autre remplacée par de l'air extérieur. Par ailleurs, des rampes de pulvérisation maintiennent une hygrométrie de 60 % à l'air traité et des filtres à bain d'huile débarrassent l'air des poussières.
    Les batteries d'eau chaude de la centrale étaient alimentées par deux chaudières munies de brûleurs à fioul léger, combustible peu employé à l'époque et aujourd'hui remplacé par le gaz naturel.
    Quant aux grandes compositions décorant l'escalier d'honneur et le mur situé au-dessus de la scène, elles sont dues au peintre Gustave Jaulmes, né à Lausanne (1873-1959), grand prix de Rome, qui orna notamment le grand foyer du Palais de Chaillot et celui du Bureau
    International du travail à Genève. La " Fête champêtre " qui décore la salle représente des jeunes gens en costumes grecs classiques applaudissant les danses légères de trois jeunes filles accompagnées au pipeau. Un berger et son troupeau à gauche, un jeune patricien à droite, goûtent la beauté du spectacle.
    Cet ensemble vraiment novateur fut inauguré le 8 Juillet 1935, par une conférence du grand écrivain, Paul Valéry, lors d'une séance solennelle présidée par Albert Sarraut.
    Dépêche du Midi – Claude Marquié – 13 décembre 1998