Statue d'Armand Barbès

    Basile Barbès, le père d'Armand était issu d'une longue lignée de bourgeois ruraux de Capendu. Revenu dans l'Aude en 1818 pour se consacrer à la gestion de ses domaines du Minervois, le docteur Barbès abandonna l'armée où il était médecin et la Guadeloupe où il épousa une fille de planteur. Armand était l'aîné de ses trois enfants. Il eut à Fourtou l'enfance heureuse de fils de propriétaire. Il fut éduqué par Jean Marcou et les pères de Sorèze de 1823 à 1828. En 1830 il commanda et équipa à ses frais la garde nationale de Villalier. Son père l'envoya à Paris en 1832 pour des études de médecine que sa sensibilité lui fit abandonner pour des études juridiques peu assidues. Poursuivi pour l'attentat de Fieschi en 1835 il fut condamné à 1 an de prison que sa famille réussit à lui faire purger à Carcassonne. Trop bienveillant envers son jeune parent, le maire Sarrand fut révoqué et cet épisode engagea une partie des bourgeois carcassonnais dans le camp libéral.
    Quelques temps après sa libération, Barbès retourna à Paris et conspira aussitôt, organisant avec Blanqui la fameuse émeute de la société des Saisons qui aurait dû déboucher sur l'installation d'un gouvernement révolutionnaire. L'insurrection connut un échec sanglant et Barbès, accusé du meurtre d'un officier, fut condamné à mort et ne dut sa grâce qu'à la pression de la reine, auprès de qui Hugo et Lamartine avaient intercédé. Emprisonné au Mont-Saint-Michel, dans de très dures conditions qui mirent sa santé en péril, il tenta une évasion en 1842 puis fut transféré à Nimes.
    Libéré par la révolution de février 1848 il connut alors 80 jours de liberté qu'il passa à Paris. Elu député dans l'Aude, où les menées du clergé conservateur n'avaient pu avoir raison de son prestige, il se précipita de nouveau dans l'illégalité à la suite de l'émeute sûrement provocatrice du 15 mai ; la tentative d'instaurer un pouvoir issu de l'émeute lui valut une nouvelle condamnation à la prison à vie. Gracié par Napoléon III il choisit de se murer dans l'exil, et s'installa à la Haye d'où il correspondit avec ses amis, Georges Sand surtout, inconsolable de son départ.
    Son intransigeance démocratique vis à vis de l'usurpateur alla de pair avec un patriotisme sans faille, qui, avec les maux résultant de 16 années de captivité, le tint peut-être à l'écart de l'internationalisme naissant. Sa sœur Augusta se rendit à son chevet en 1870 et put recueillir son dernier soupir quelques jours avant l'avènement de la République qui avait été sa raison de vivre.
    Ayant beaucoup agi, mais peu écrit, sa victoire posthume fut de devenir le symbole de la république démocratique et sociale. Il fut l'objet d'un culte dont le retour de ses cendres en 1885 et surtout l'inauguration de sa statue à Carcassonne en 1886 furent les moments forts, cérémonies officielles parfois contrariées par des cortèges militants. Jusqu'à aujourd'hui, le monument –et même son seul socle, sous l'Occupation- a été le point de ralliement de toutes les manifestations. Mais il faut avoir entendu en 1973 encore, chanter la " cancon de Barbès " dans son village de Villalier, à l'occasion d'une noce et par le père de la mariée, pour mesurer l'étonnant charisme de cette vie toute entière meurtrie mais indomptée.
    Les Audois –Dictionnaire biographique- Association des amis des Archives de l'Aude-Fédération Audoise des Œuvres Laïques- Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude.