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    Modifié 18 Nov. 2015

    Le Présidial

    L'emplacement où se trouvent aujourd'hui Musée des Beaux-Arts appartenait en 1624 à Guillaume d'Auteribe, dont la maison se classait au second rang de la ville pour les impositions foncières. En 1699 fut ouvert le chantier destiné à construire un bâtiment qui abriterait le tribunal de la ville, ou présidial.
    Les présidiaux, crées par Henri II en 1552 rendaient la justice au nom du roi, en éclipsant désormais les sénéchaux dans ce domaine. Ils étaient assez importants pour avoir au-dessus d'eux les seuls parlements. Ils pouvaient en effet condamner en dernier ressort au carcan, au fouet, aux galères à temps ; les peines plus lourdes (galères perpétuelles et condamnation à mort) étaient susceptibles d'appel auprès du parlement de Toulouse.
    Le président du tribunal de Carcassonne cumulait en général cette fonction avec celle de juge-mage : du milieu du XVIe siècle à la fin du XVIIeme siècle, la famille Roux-Danty exerça cette charge, assumée ensuite et quasiment jusqu'à la Révolution par les Murat.
    Le président était assisté d'une demi-douzaine de magistrats dont un lieutenant criminel qui fut de 1713 à 1743 Guillaume de Fornier auquel succéda son fils Jean-François jusqu'en 1782. On dénombre également une vingtaine de conseillers, les "gens du roi" (procureur et avocat), une dizaine de greffiers et d'huissiers... Au total une soixantaine de "robins" vivaient de la chose judiciaire ; ce groupe était le seul à disputer aux marchands-fabricants le pouvoir municipal moins riches que les entrepreneurs du textile, les hommes de loi faisaient valoir leur instruction et furent souvent ulcérés de passer au second rang.
    Le Présidial fonctionna à la Cité lors de sa création, mais dès la première moitié du XVIIe siècle, il se réunit souvent dans la Bastide, au couvent des Augustins. Les magistrats réclamaient son transfert dans la ville basse et ils l'obtinrent en 1657, contre le versement au roi de 49.200 livres, Ce déplacement symbolisait l'affaiblissement de la forteresse au profit de sa rivale en plein essor
    II fallut plus d'un demi-siècle pour construire un nouveau palais de justice, achevé seulement au début du XVIIIe siècle. Le bâtiment, en face duquel, de l'autre côté de la rue de Verdun, se trouvait la prison, s'appuyait sur le rempart, puisque la seule porte orientale de la ville se trouvait à l'extrémité de la rue Aimé Ramond, face au pont Vieux. II possédait une chapelle dédiée à Saint-Yves qui s'ajouta au début du XVIIIe siècle à celle des prisons.
    La justice fut rendue dans les mêmes locaux jusqu'en 1861, date de l'inauguration de l'actuel palais de Justice. La ville acquit alors l'immeuble de la rue de Verdun pour 30.000 francs : l'ensemble couvrait 1610 m² dont 718 construits. La municipalité s'était engagée à y installer le Musée des Beaux-Arts et la Bibliothèque municipale, ce qui fut fait dès 1863. Les travaux qui s'en suivirent représentèrent une reconstruction presque complète et de l'ancien bâtiment subsistent seulement l'entrée rue de Verdun, l'escalier et la galerie méridionale de la cour, avec ses arcades.
    Enfin, en 1876, il fut décidé d'ouvrir la rue de Verdun sur le boulevard, ce qui entraîna la destruction du rempart qui mesurait 2,50 mètres d'épaisseur et la construction de la façade néo-classique sur le square Gambetta, avec ses frontons et ses niches destinées à recevoir des statues. L'ensemble fut achevé seulement en 1901.
    Dans le hall d'entrée de la rue de Verdun se trouve le buste du peintre Jacques Gamelin par Falguière et sous les arcades de la cour celui du préfet Poubelle, Audois d'adoption après son mariage.

    Claude Marquié – Carcassonne – Hôtels et maisons du Moyen Age à la révolution - Amicale laïque de Carcassonne – 1998