Hôtel Roux d'Alzonne

    Sur la plaque apposée rue de Verdun, à côté de l'entrée principale du collège André-Chénier, figure l'inscription : " Hôtel de Roux d'Alzonne, XVI°, XVIII° siècle ". En fait l'histoire de ce bâtiment est plus complexe et plus riche que ne le laisse entendre cette attribution. L'essentiel de la construction paraît remonter à l'extrême fin du Moyen-Age ou au début du XVI°siècle. De la Renaissance au XVIII° siècle, divers membres de la famille Roux furent propriétaires de l'hôtel, les plus célèbres étant quatre seigneurs d'Alzonne : Raymond, Philippe, Anne et François, qui possédèrent successivement la charge de juge mage.
    En 1660, l'hôtel appartenait à Roux de Montbel et servait de résidence en ville basse à l'évêque de Grignan, frère du gendre de Mme de Sévigné qui y logea Louis XIV en janvier et en avril, à l'occasion des deux passages du souverain sur le chemin de Saint-Jean de Luz où il épouse l'infante Marie-Thérèse.
    François Roux d'Alzonne vendit la charge de juge-mage en 1673 et acquit le marquisat de Puivert. L'hôtel passa ensuite à divers collatéraux jusqu'en 1743, date à laquelle l'héritier d'Anne de Roux de Poitiers, François-Claude, le céda pour 14.000 livres à Roch David de la Fajeolle. Ce dernier était un important marchand-fabricant carcassonnais, allié à plusieurs des grandes familles drapières de la Ville. Il dirigea un temps, la manufacture royale de Pennautier, puis celle des Saptes, il avait des correspondants à Marseille, à Cadix, en Italie et autres lieux.
    Rapidement il se porte acquéreur de petites maisons sises à proximité de sa demeure principale, dans laquelle il entreprend des travaux considérables pour une somme totale de 90.000 livres. On lui doit, de toute évidence, la grande porte cochère avec son fronton curviligne, le salon de musique du rez-de-chaussée, l'allure générale de la cour et diverses cheminées, dont l'une est décorée d'une harpe ; parmi ses achats figurent des meubles, des tapisseries, de l'argenterie, destinés à orner son intérieur.
    Mais les affaires de Roch David périclitent après 1750 et il fait faillite en 1756, ce qui l'amène à abandonner toute activité industrielle ou commerciale pour se consacrer à son domaine de la Fajeolle. Ces difficultés le conduisent à vendre l'hôtel en 1758, pour 21.000 livres seulement à un drapier de Saissac ; dès 1761, un autre fabricant important Jean-Baptiste Fornier La Madeleine se porte acquéreur des lieux pour 20.000 livres et en est toujours propriétaire en 1780.
    Roch David n'avait donc pas récupéré l'argent dépensé pour transformer sa résidence urbaine, rendue responsable de sa faillite par ses descendants. Mais son œuvre est d'autant plus méritoire qu'il fait partie des rares marchands-fabricants à vouloir embellir Carcassonne, dans la seconde moitié du XVIII° siècle.
    A la fin du XIX° siècle, on trouve dans ces locaux un pensionnat de jeunes filles tenu par Saint-Joseph de Cluny. La séparation des Eglises et de l'Etat entraîne l'achat du bâtiment par la Ville qui y installe le premier collège public féminin carcassonnais. Le nom d'André Chénier a été donné à cette école en 1921. (1)
    (1) Carcassonne – Hôtels et maisons du Moyen-Age à la Révolution – Claude Marquié – Amicale Laïque de Carcassonne 1998.

    Claude Marquié – Carcassonne – Hôtels et maisons du Moyen Age à la révolution - Amicale laïque de Carcassonne – 1998